Motricité – ou la naturalité de la marche

Publié le par A_A

Le mot « Motricité » connote la dimension spatiale, technique et fonctionnelle de la mobilité.
Issu de la pensée machiniste du XIXe siècle, il désigne « l’ensemble des fonctions qui génèrent les mouvements d’un organisme vivant » – naturel ou artificiel. 

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c’est l’espace qui est le support des déplacements, lesquels viennent en quelque sorte en perturber la stabilité ou en menacer la permanence.

Dans cette perspective, le mouvement devient un symbole de l’entropie et du désordre et s’inscrit dans une tradition philosophique pour laquelle la mobilité, qu’elle soit d’ordre physique, psychologique, sociologique ou politique, est synonyme de chute, de dégradation, d’agitation, d’encombrement ou d’usure.

Dans le domaine des transports, le moteur est bruyant, la voiture polluante et l’infrastructure consommatrice d’espaces.
D’où une première représentation de la mobilité, diabolique et stigmatisante, qui conduit d’ailleurs volontiers à des attitudes rétrogrades ou conservatrices : il faut supprimer la voiture, revenir à la ville et à la sociabilité d’antan.
La mobilité, en ce premier sens, devient implicitement quelque chose contre lequel on doit lutter.

Et la « marche-fonction » à ce niveau est appelée à retrouver son heure de gloire, comme en témoignent diverses évolutions : l’évacuation de la voiture dans la plupart des politiques urbaines européennes (Paris en est un exemple d’actualité), la montée lente d’un discours critique sur les insuffisances et les effets pervers de la rue piétonne, le développement encouragé des pratiques de l’intermodalité, sont les signes par défaut d’un potentiel de remise en valeur de la fonction naturelle de la marche : aller d’un point à un autre (emprunter un itinéraire), relier, transiter, circuler, repérer, accéder...
Plus directement, les projets de mise en réseau de cheminements humains ou écologiques en milieu urbain et le développement de plus en plus fréquent de grands projets de traversées piétonnes à l’échelle de la ville, de l’agglomération, voire du territoire, en sont les signes d’un véritable renouveau.
Le Radweg dans la Ruhr (chemin vélo et promenade) est sans doute à ce jour le projet le plus emblématique puis- qu’il met en réseau une population de cinq à six millions d’habitants dans un territoire de 200 km sur 80.
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Pascal Amphoux, Marcher en ville

Publié dans mobilités urbaines

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